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lundi 21 février 2011

Demain (ou dans quelques semaines), le ciel ne sera qu'orange

Celui de mes romans qui a le plus de chances de paraître avant les autres n'est pas le premier terminé, loin de là. J'essaie quotidiennement de faire abstraction du fait que les quatre premiers n'ont toujours pas trouvé d'éditeur(s), malgré une qualité au moins reconnue par des lecteurs neutres et au-dessus de tout soupçon de complaisance...
D'une certaine façon, cette situation est irrationnelle. Et d'une certaine façon, j'en souffre. J'ai tellement hâte, contrairement à des amis écrivains déjà publiés, qu'on dise du mal de moi dans la critique !

C'est pourquoi la parution annoncée de mon "premier roman" me laisse un goût ambivalent, d'un côté l'amertume et la déception que les précédents restent en rade ; de l'autre côté la joie et la reconnaissance envers l'éditeur qui a osé parier sur ce récit. Par principe, c'est le positif qui l'emporte.
Puisqu'il s'agit de lui, et d'aucun autre, voici un extrait conséquent de "demain, le ciel sera orange", qui est entré depuis un mois dans la phase ultime de révision avant l'heure de vérité.

Contexte : Taa Taa a été choisi pour être le nouveau maître du monde. Il est très inexpérimenté et une assemblée des sages se réunit tous les soirs après qu'il a officié, pour parler de son cas et préparer le lendemain. L'extrait suivant est tiré du chapitre 3, lors de la réunion qui suit le premier jour de gouvernance de Taa Taa.

Extrait
Quelque part dans le palais...

En tous points semblable à la salle principale du dôme de la gouvernance, cette rotonde est plus petite. Dans sa persistance verte du crépuscule, le ciel donne à tous les présents l'apparence d'un cercle de malades en réunion.
Ils sont tous pareils à Paw, onze êtres petits, ventrus, les joues pleines... En réalité, ils lui ressemblent tellement qu'il est particulièrement difficile de les distinguer. On dirait la réplique fidèle du même personnage. Des sortes de clones, en somme...
Le servant Paw fait son rapport, un très long discours dans lequel il détaille fidèlement toute la journée de gouvernance, de l'arrivée du maître du monde jusqu'à son départ. Pendant qu'il parle, les onze autres restent parfaitement immobiles et muets. Le compte-rendu du servant ne contient aucune emphase, pas même un minuscule jugement personnel. Que des faits froids et des morceaux de dialogue retranscrits au mot près.

(...)

"Ce que tu dis, Paw..."

Tous les regards sont posés sur le personnage désigné, lequel vient de terminer son premier rapport. Il a décrit le nouveau maître du monde avec une notable absence de subjectivité.

(...)

"Ce que tu nous dis est intéressant. Apparemment, ce Taa Taa est différent de tous les autres. Si je t'ai bien compris, c'est la première fois qu'un gouvernant a de la distance par rapport au pouvoir dont il dispose.
- C'est plus que de la distance, Naw, si tu me permets d'intervenir ainsi.
- Je te le permets, Paw. Poursuis.
- Il est évident que ce jeune homme souffre de ce qu'il a découvert au dôme, bien qu'il n'ait vu que très peu de choses. Il n'est pas envahi par l'excitation du pouvoir. Pire, plus je lui disais qu'il pouvait décider ce qu'il voulait et moins il prenait de décisions.
- Tu y vois un risque ?
- J'en vois un premier, qui est son renoncement éventuel. Il faudra être vigilant. Il essaiera peut-être de ne pas revenir. Cela ne s'est certes jamais produit mais le danger me paraît réel."

La remarque provoqua un subtil brouhaha dans les rangs du conseil. Paw tint à nuancer son propos, comme leur protocole lui suggérait sans l'y obliger.

"Il s'agit bien entendu de demander l'avis de l'Observateur.
- C'est bien naturel. Alors, Daw, qu'as-tu remarqué qui nous édifie ?"

Le dit Daw se racle l'arrière de la bouche et joint ses doigts sans les croiser. Son attitude est bien plus pontifiante que celle de Paw, ainsi que le ton de sa diatribe.

"D'après ce que j'ai vu..."

Daw suspend son propos, plisse les yeux et dessine d'étranges moulinets avec ses poignets comme s'il peignait des arabesques devant ses interlocuteurs. Personne n'interrompt son silence car tout le monde connaît sa propension à ratiociner dans le cabotinage.

"Je suis en accord avec Paw sur le constat. Ce garçon est visiblement effrayé et mal à l'aise. Le mouvement de ses mains et de ses yeux ainsi que de nombreux micro-tics l'accréditent sans contestation. Toutefois..."

Nouveau silence rhétorique ; les arabesques prennent encore plus d'ampleur et se moirent de vert par le jeu du rayonnement crépusculaire.

"Toutefois il reviendra forcément. Car ce garçon voudra savoir pourquoi il a été choisi et quel est le cœur de sa fonction.
- Tu veux dire qu'il finira par faire les mêmes demandes que les autres ?
- Non, ce n'est pas mon sentiment. Ce garçon est différent de ses prédécesseurs. Il s'intéressera davantage à la nature de ses prérogatives qu'au contenu de ses décisions.
- Ce serait unique, en effet. Mais très surprenant, selon moi. Sur quoi se fonde ton impression si ce n'est sur des apparences ?
- Une intuition. Ou encore plus fort, une prédiction.
- Mais encore ?
- Je serai bref : Il reviendra et il voudra tout savoir car ce garçon est romancier, et l'un des plus fameux.
- Mouais, ça c'est ce qu'on voudrait qu'il croie... grogne Paw sans amabilité.
- Peu importe ce que l'on veut... C'est ce que LUI croit. Pour LUI, il est romancier donc il l'est. Vallaay erg Seraay !
- Tu fais exprès d'utiliser la langue des origines...
- Je le fais exprès ! coupa Daw. De toute façon, comment veux-tu qu'il soit à l'aise alors que tu essaies sans arrêt de l'influencer ? « Et si nous ouvrions le dossier charouin, mon jeune ami ? » Je te cite... et ce n'est pas tout !
- Nous avons chacun notre style, je te le rappelle.
- Parlons en de ton style ! As-tu oublié qui tu étais toi-même avant d'être...
- Paix à vous deux !'" hurlèrent dix voix simultanément.

Les deux servants étaient réellement en train de se déchirer verbalement. L'intervention de tous les autres en même temps indiquait qu'ils étaient sur le point de se toucher !

"Certaines choses ne devraient pas être proférées en pleine assemblée, vous le savez très bien ! ajouta Naw en bon chef de séance. Si ce garçon est aussi spécial qu'il en a l'air pour le moment, il faut absolument faire en sorte qu'il aille le plus loin possible... mais surtout qu'il en prenne l'initiative seul. Paw, écoute... Daw n'a pas totalement tort, il faut lui laisser plus d'initiative, plus de temps. Il n'est pas rapide ? Soit, nous avons tout notre temps...
- Nous n'aurons que quarante-neuf jours.
- Aucun autre n'est allé au terme, dois-je vous le rappeler ? Et aucune loi n'est éternelle. Cette règle des cinquante jours est théorique...
- C'est ça. Et c'est toi qui vas aller le répéter au Suprême ?
- Je ne voulais pas dire cela, Maw. »

Paw et Daw ne s'asticotent pas par hasard ni par haine. Aucun des douze personnages n'en déteste un autre, au demeurant. En réalité, les rôles de servant et d'observateur sont paradoxalement aussi conflictuels que complémentaires. Les servants n'aiment généralement pas qu'on les observe, alors que c'est le maître du monde qui est le seul visé. Quant aux observateurs, ils pâtissent de leur passivité alors qu'ils préféreraient être au bord de la serre-piscine du dôme, nageant entre les dauphins et les sirènes en mangeant des beignets de fleurs d'acacia en compagnie de leurs camarades provisoirement oisifs.
Ah... des beignets de fleurs d'acacia... au milieu des sirènes...
C'est ainsi que s'achèvent les conflits quotidiens lors des réunions du conseil des clones. Il leur suffit de penser à leur activité favorite, puis de s'y adonner. Taa Taa en serait vert de jalousie, malgré l'étendue de ses nouveaux pouvoirs.

Demain le ciel sera orange, chapitre 3, Sébastien Haton

lundi 31 janvier 2011

Ya pus plonk

Conséquence étrange de la théorie mathématique de distribution aléatoire, cela fait trois mois qu'il "n'a pas fait plonk" alors qu'il en faisait deux ou trois par semaine en moyenne jusqu'au mois d'octobre.

Est-il possible que mes 17 tapuscrits "dans la nature" fussent envoyés aux seuls éditeurs qui ne les renvoient jamais ?
Est-ce un bon signe ? Est-ce que cela signifie qu'ils sont lus et relus ou plutôt oubliés au bas d'une pile ?
Ou est-ce simplement une loi mathématique (bien connue) selon laquelle une distribution aléatoire d'événements particuliers induit des espaces vides et des espaces bien plus pleins ?

Je résiste à la tentation de relancer ces éditeurs trop tôt, sachant qu'ils n'aiment pas (trop) ça et que les délais de lecture sont parfois très longs, de plus en plus longs...

Ce qui m'étonne le plus, en fin de compte, c'est que depuis que j'envoie des tapuscrits (ça fait 18 mois environ), on me les renvoie toujours ! C'est pourquoi je pense qu'il s'agit bien d'un creux dans une distribution aléatoire...

A moins que...
Bon.

dimanche 5 décembre 2010

L'ombre au tableau et le rappel des faits

Au milieu de mes joies d'avoir traversé 2010 dans une frénésie d'écriture et d'élaboration de récits à venir, une seule chose me pèse vraiment : je ne suis toujours pas édité.
Si 2011 ne pourra sans doute pas ressembler à l'année en cours, je souhaite qu'elle s'en différencie d'abord par la parution de mes premiers romans, et pas forcément dans l'ordre chronologique d'écriture.

Tous les deux ou trois mois, je remets en avant les causes de l'existence et de la résistance de ce blogue. Plusieurs de mes nouveaux lecteurs n'ont sans doute pas eu l'occasion de remonter jusqu'à la source. Pour eux, et pour les plus anciens qui ont oublié l'épisode :
Revoici donc l'aventure d'un écriteur en webland !

Afin d'éclaircir le mystère de ma présence en ces murs électroniques et pour justifier mes posts les plus abscons, voici un petit retour sur les origines du mal... Suivez les liens et vous saurez tout :

Il y a presque un millénaire, je travaillais pour la science et sa gloire.

Mais la gloire scientifique n'étant que vanité, j'ai obéi au plus impérieux de mes appels intérieurs.

L'écriture l'a donc emporté sur la recherche, bien que je n'eusse pas définitivement abandonné cette dernière. Mais pour bien écrire il me fallait des trucs, car je souffre d'une forme amusante d'hyperactivité, qui m'oblige à faire plusieurs choses en même temps pour supporter de faire quelque chose. C'est pourquoi j'ai inventé le concept de poly-écriture, m'obligeant à élaborer beaucoup de récits simultanément pour mieux tous les terminer.

J'ai créé ce blogue pour "améliorer ma visibilité sur le web", ainsi que me le conseillait une professionnelle des Arts, et de fil en aiguille j'ai transformé l'écriture simultanée de 14 récits en un véritable projet littéraire, lequel a été retenu pour appel à souscription, et a rencontré le succès espéré. Auparavant, j'avais finalisé l'écriture de quatre récits, dont trois romans, que je propose depuis plus d'un an aux éditeurs. Des extraits et des résumés tels que celui-ci en sont donnés çà et là sur le verbe au vert.

Afin que tout le monde sache où en est mon projet, je fais un point précis tous les 14 jours, le dernier ayant été fait le 30 septembre dernier. On y trouve le classement des 14 récits en cours avec le nombre de pages déjà écrites pour chacun. Ce classement permet en outre d'aller consulter la fiche individuelle de présentation des 14, avec titre, genre, synopsis et historique.
Depuis quelques semaines, j'apprécie de raconter des histoires qui sortent du cadre de mes activités littéraires. Le blogue, après un an et un jour d'existence, va bientôt sortir du carcan contraignant et exaltant du projet des 14 récits. Il ne faudra plus en parler sous cette forme, mais considérer que chaque récit et roman existe par lui-même et a vocation à être lu.
Car, j'en suis sûr, beaucoup d'entre vous attendent et espèrent comme moi ce "déblocage éditorial" !

Soyez heureux.