mardi 12 novembre 2013

Le Ciel de Vie, extraits choisis et description

Les 3 extraits suivants proviennent d'un ensemble de 13 textes écrits pour la sculpture textile monumentale de Véronique Lafont intitulée "Le Ciel de Vie", lequel met en scène 13 âges de la vie d'une personne, de 0 à 100 ans.
Mes 13 textes, un pour chaque âge (0, 1, 5, 10, 20... jusqu'à 100 ans), ont une portée intimiste et universelle. Ils s'adressent directement à une seule personne en espérant toucher tout le monde. Je les ai spécialement élaborés pour l'exposition ARTATOU 2013 durant laquelle le Ciel de Vie a été exposé. Les retours des lecteurs ont été si forts et si insistants que nous avons décidé d'éditer un recueil contenant les textes intégraux et quelques images de l'exposition sur un beau papier, le tout pour un prix très bas.

Morceaux choisis, 3 parmi 13 :

ÂGE 40

C’est le moment de la jeunesse retrouvée, comme si tu avais commencé le décompte à l’envers et que soudain le sablier tentait de se retourner tout seul.

Tu es tellement heureux de vivre que chaque relation avec un autre humain te fait l’effet d’un heureux présent, chaque lien est un bienfait, chaque seconde se fait providentielle.

Tu regardes parfois tes parents, en pleine maturation et retournement de sablier, et tu te dis que tu vivrais volontiers 30 ans de plus au moins, à condition de leur ressembler.

C’est la période de l’attachement le plus fort à la Vie de même que l’acceptation définitive des relations disparues. Tu te rends compte que ta mémoire n’est pas sélective, elle est tout simplement réconfortante. Le présent est merveilleux parce qu’il a la valeur que tu lui donnes.

Les gens qui t’aiment disent de toi que tu as l’air d’aller mieux que « jamais ». Or jamais n’a plus du tout le sens qu’il avait à tes 20 ans.

ÂGE 60

Tu es dans le temps du dilemme, du genre de ceux que connaissent bien les œnologues, lesquels savent que c’est le moment d’ouvrir et de boire les meilleurs vins de leur cave... mais hésitent, car une fois ouverts, il faut les boire et accepter d’y renoncer à jamais.

Tu as choisi d’ouvrir la bouteille et de ne cesser d’y boire sans hâte et sans angoisse, mais non sans gourmandise. Même hélas, c’est également l’époque des premiers départs définitifs, des parents, d’amis plus âgés et d’autres proches qui auront connu leur dernier soir beaucoup trop tôt. Il faut apprendre à conserver les liens vifs seulement par la pensée. Il faut accepter que les attaches acquièrent une dimension quasi mystique. Il est possible de chérir des fantômes. Aimer les survivants peut devenir une question vitale... Et pourtant, pourtant, on te demande d’être dynamique et énergique puisque tu viens seulement d’entrer dans ta troisième vie, l’enfance de la vieillesse, ne plus travailler et t’amuser. Les marchands de jouets t’attendent.

ÂGE 80

Depuis peu, tu te réveilles souvent sans savoir si ton corps et ton esprit appartiennent toujours tous les deux à la même personne. Tu as tissé tellement de liens qu’on retrouve ta trace au-delà de l’atmosphère terrestre, cependant que le monde que tu parcours se rétrécit chaque jour.

Qu’importe au fond que l’Univers soit d’un côté si petit et si grand de l’autre. Bien que tu ne rêves presque plus, il t’arrive la nuit de perdre jusqu’à 79 ans, revenant au temps où tu apprenais à marcher, toi qui apprends dorénavant à accepter de ne plus trop utiliser tes jambes.

50 ans plus tôt, à un âge à peine supérieur au tien actuel, ta propre grand-mère a ponctué des années de bienfaits moraux par le plus beau cadeau que l’on puisse faire à ceux qu’on aime quand on s’endort, en disant « au revoir, je suis heureuse d’avoir vu ce que tu étais devenu avant de n’être plus de chair » plutôt que « je vais mourir, ne pleure pas ». De tous tes souvenirs relationnels importants, c’est le plus fort. Grâce à lui, tu t’es efforcé de devenir comme elle. La barre était trop haute, mais ça valait le coup d’essayer.

 Auteur et Hauteur du Ciel de vie...

8 commentaires:

  1. À toi qui te fait rare ici, et moi aussi d'ailleurs prise dans mon tourbillon familiale, j'ai adoré ces textes! Je me demande vraiment ce que tu as écrit pour les autres dizaines! J'ai même "presque" hâte à dans 8 ans d'avoir 40 ans ;-) Mais pas si vite, je veux profiter de ma trentaine avant!
    Bonne journée!

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  2. Salut à toi, Caroline ! Les ami(e) blogueurs me manquaient, depuis le temps :-)
    Pour savoir à court terme ce que j'ai écrit pour les autres dizaines, il faut (en principe) commander un ou plusieurs exemplaire(s) de notre beau recueil à venir. C'est une exclusivité... mais je suppose que je te les ferai lire d'une manière ou d'une autre.
    Une des choses amusantes observées pendant l'exposition : certains lecteurs m'ont dit "toi, on voit que tu as quarante ans !"
    hihihi

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  3. Contente de te retrouver . Perso je trouve que la définition par tranche d'âge est très réductrice.

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  4. Salut manouche, merci d'être passée !
    Tu as tout à fait raison, cette description est réductrice, mais c'était la consigne... :-)

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  5. "Demain, le ciel sera orange"...
    est.
    absolument.
    génial.
    Mille.
    fois.
    merci.

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  6. Waou... Qu'est-ce que ça fait du bien de lire des avis pareils... J'ai écrit pendant des années pour moi-même, jaloux et inquiet, évitant que mes textes fussent vus hors de chez moi...
    Depuis le début de l'écriture de ce roman et de ses cousins, j'écris (enfin) également pour les autres.
    Merci à toi aussi :-)
    s.

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  7. superbe ces textes,
    le temps revisité. isaR

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