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mercredi 22 novembre 2017

Apprenez la ventileuse

Une histoire pour vous entraîner chez vous en prévision des fêtes de fin d'année.
Que vous soyez un homme ou une femme, aucune importance, songez juste que l'effet comique est renforcé par la présence de poils aux aisselles.
Prévoyez une robe courte et moulante, revoyez le film Hôtel du Nord et répétez toutes les répliques du personnage qu'incarne Arletty avec le ton. Lorsque vous serez prêtes, apprenez par cœur le texte qui suit.
Effet garanti, déjà testé plusieurs fois en lecture ou sur scène, devant des assistances de 5 à 130 personnes de 5 à 130 ans.
Faites-moi confiance...

"La ventileuse (S. Haton pour la Ruchée, œuvre picturale et textile de Véronique Lafont)

[toisant l'assistance] Qu'est-ce qui y a ? Vous avez jamais vu une vraie ventileuse ?

Justement, j'étais peinarde dans mon alvéole à faire ma ventileuse et voilà t'y pas qu'un apisin mellifère vient m'refiler une nosémose d'enfer après une séance d'enfumage maison. Cest pas qu'j'ai la miellaison tardive ni l'opercule mal embouché, mais faut pas trop m'prendre pour une philanthe. Les syrphidés qui s'prennent pour des abeillons, non merci.
Moi j'aime les hyménoptères, les vrais, les aculéates-mellifères qui s'la racontent pas, les api-niouilleurs qui s'tripotent pas l'gorgeret ! Pour les autres, c'est direct la pince tibio-tarsienne dans la face, essaimage garanti, aller simple pour la ruchée.

J'suis comme ça, moi, j'disperse, j'ventile.

Moi j'veux pas d'un insecte à fleur, j'en veux un qu'ait l'aiguillon d'un ouvrier abeiller, un qui sache m'ébahir l'enfumoir avec son peigne à pollen, et pis un qu'ait pas chopé une acariose en essaimant dans un bar à miel.
C'est pas parce que j'ai la propolis qui s'taille que j'suis mûre pour l'apiculture de trottoir avec des porteurs d'ailes en nida qui m'prendraient pour une préreine facile ! Chuis une mouchette, moi, pas une corbeille à pollen qu'on vient lui astiquer les antennes à la brosse jusque dans l'nid.

[regardant une personne dans l'assistance] Dis donc toi, t'es pas mal, pis tu m'as l'air de pas être du genre à choper une acariose dans un bar à miel...

Mais attention, si l'élu d'mes élytres s'mêle de butiner chez d'autres mouches, mon venin dégagera la miellée, crois-moi qu'la butineuse que chuis ramènera l'faux bourdon à la maison collé à une trique couverte de cold-cream en glu, et qu'il aura l'jabot bas et l'varroa qui f'ra pitié.
J'connais du monde, j'ai des apiculteurs sentinelles à tous les bouts du quartier. Les nymphes qui font leur miel sur le dos de la caste, j'en connais un rayon. On me f'ra pas le coup du remérage à moi, parole ! Le tyran tritri, j'te l'ramène à la ruche comme un aculéate émiellé après étouffage des apidés !

[se tournant vers la "victime"] Alors, toujours volontaire ? File-moi ton bzzzzzéro six, chéri.

N'empêche, moi, quand j'aurai trouvé le bon, on cultivera l'miellat dans notre petit nid d'abeilles, ce s'ra le plus beau rucher d'la région, parole ! Celui qui m'mettra l'éperon au tibia, j'lui f'rai un essaim d'moucherons qu'y aura pas d'orphelinage en vue. Je s'rai sa reine reproductrice en plein vol ! Rien qu'd'y penser, j'ai l'poussoir à pollen qui frétille.

[une pause suspensive, haussement de sourcils] Ah bin oui, c'est ça un poussoir à pollen. C'est que l'monde de la ventileuse, c'est pas qu'un microcosme, c'est pas qu'un art de vivre, c'est aussi du vocabulaire !
[les bras levés, mains derrière la tête] Qu'est-ce que tu r'luques toi ? Eh ouais, une ventileuse ça a des poils sous les bras. Une vraie ventileuse, ça s'épile pas !
Non mais ho.

Nan mais tu sais, moi j'ai la vocation d'nourrice, le nectar à fleur de sein, un guêpier à bambin, que j'suis. Dans mon élevage d'amour, y aura d'la gelée pour tous les p'tits qui bourdonnent, des colonies de gaufres à becqueter et pas une loque à l'horizon.
M'enfin tu vois, chuis pas une charpentière de l'amour moi, j'suis qu'une mouche à miel, une gentille cirière qui fuit les apifuges avec leurs pièges à cire, une piqueuse qui'évite les andrènes qui ramènent les p'tites syrphes et les volucelles innocentes aux alcôves des abeillerolles, des frelons asiatiques, pis ceux-là, c'est pire que des guêpes.
J'ai pas eu la chance d'avoir un couvain peinard, moi, on m'a fait faire mon apprentissage apicole chez des avettes esclavagistes et des xylocopes misogynes. J'ai même pas passé mon CAP d'maçonne, c'est dire si j'ai manqué d'pollen, une abeille laitière sans puceron à traire, voilà c'que j'étais...

[légers sanglots d'émotion] Attends, c'est la jeunesse qui r'monte... Faut la laisser sortir pis s'envoler, tu sais. On est tous comme ça, faut comprendre...

J'aurais bien été assistance sociale pourtant, la protectrice des apiformes et même des taons paumés qu'ont pas eu la chance d'avoir la mellification et les gâteaux d'une mère ; j'aurais été la maman poule des bourdons qu'auraient trébuché dans la planche de vol à la naissance, un peu comme moi quoi... Au lieu d'ça, j'me r'trouve en plein abeillage à risquer l'ozocérite à tous les jours. Pis les gars d'ici, y a qu'la propolisation qui les intéresse, mais chuis pas un tiroir à larves, mince !
N'empêche, toi à qui j'cause, tu s'rais un gentil apivore sans prétention, y aurait pas plus domestique que moi comme apis femelle, tu saisis ?
Allez, faut qu'j'vous laisse, y a l'apicultrice qu'appelle ses reines.

[se tournant à nouveau vers la victime du jour] Pis toi, réfléchis..."
La Ventileuse, la seule, la vraie,
un soir de printemps 2017 à Monthelon.
Un moment inoubliable.

samedi 7 juin 2014

mardi 12 novembre 2013

Le Ciel de Vie, extraits choisis et description

Les 3 extraits suivants proviennent d'un ensemble de 13 textes écrits pour la sculpture textile monumentale de Véronique Lafont intitulée "Le Ciel de Vie", lequel met en scène 13 âges de la vie d'une personne, de 0 à 100 ans.
Mes 13 textes, un pour chaque âge (0, 1, 5, 10, 20... jusqu'à 100 ans), ont une portée intimiste et universelle. Ils s'adressent directement à une seule personne en espérant toucher tout le monde. Je les ai spécialement élaborés pour l'exposition ARTATOU 2013 durant laquelle le Ciel de Vie a été exposé. Les retours des lecteurs ont été si forts et si insistants que nous avons décidé d'éditer un recueil contenant les textes intégraux et quelques images de l'exposition sur un beau papier, le tout pour un prix très bas.

Morceaux choisis, 3 parmi 13 :

ÂGE 40

C’est le moment de la jeunesse retrouvée, comme si tu avais commencé le décompte à l’envers et que soudain le sablier tentait de se retourner tout seul.

Tu es tellement heureux de vivre que chaque relation avec un autre humain te fait l’effet d’un heureux présent, chaque lien est un bienfait, chaque seconde se fait providentielle.

Tu regardes parfois tes parents, en pleine maturation et retournement de sablier, et tu te dis que tu vivrais volontiers 30 ans de plus au moins, à condition de leur ressembler.

C’est la période de l’attachement le plus fort à la Vie de même que l’acceptation définitive des relations disparues. Tu te rends compte que ta mémoire n’est pas sélective, elle est tout simplement réconfortante. Le présent est merveilleux parce qu’il a la valeur que tu lui donnes.

Les gens qui t’aiment disent de toi que tu as l’air d’aller mieux que « jamais ». Or jamais n’a plus du tout le sens qu’il avait à tes 20 ans.

ÂGE 60

Tu es dans le temps du dilemme, du genre de ceux que connaissent bien les œnologues, lesquels savent que c’est le moment d’ouvrir et de boire les meilleurs vins de leur cave... mais hésitent, car une fois ouverts, il faut les boire et accepter d’y renoncer à jamais.

Tu as choisi d’ouvrir la bouteille et de ne cesser d’y boire sans hâte et sans angoisse, mais non sans gourmandise. Même hélas, c’est également l’époque des premiers départs définitifs, des parents, d’amis plus âgés et d’autres proches qui auront connu leur dernier soir beaucoup trop tôt. Il faut apprendre à conserver les liens vifs seulement par la pensée. Il faut accepter que les attaches acquièrent une dimension quasi mystique. Il est possible de chérir des fantômes. Aimer les survivants peut devenir une question vitale... Et pourtant, pourtant, on te demande d’être dynamique et énergique puisque tu viens seulement d’entrer dans ta troisième vie, l’enfance de la vieillesse, ne plus travailler et t’amuser. Les marchands de jouets t’attendent.

ÂGE 80

Depuis peu, tu te réveilles souvent sans savoir si ton corps et ton esprit appartiennent toujours tous les deux à la même personne. Tu as tissé tellement de liens qu’on retrouve ta trace au-delà de l’atmosphère terrestre, cependant que le monde que tu parcours se rétrécit chaque jour.

Qu’importe au fond que l’Univers soit d’un côté si petit et si grand de l’autre. Bien que tu ne rêves presque plus, il t’arrive la nuit de perdre jusqu’à 79 ans, revenant au temps où tu apprenais à marcher, toi qui apprends dorénavant à accepter de ne plus trop utiliser tes jambes.

50 ans plus tôt, à un âge à peine supérieur au tien actuel, ta propre grand-mère a ponctué des années de bienfaits moraux par le plus beau cadeau que l’on puisse faire à ceux qu’on aime quand on s’endort, en disant « au revoir, je suis heureuse d’avoir vu ce que tu étais devenu avant de n’être plus de chair » plutôt que « je vais mourir, ne pleure pas ». De tous tes souvenirs relationnels importants, c’est le plus fort. Grâce à lui, tu t’es efforcé de devenir comme elle. La barre était trop haute, mais ça valait le coup d’essayer.

 Auteur et Hauteur du Ciel de vie...

vendredi 23 novembre 2012

Demain le ciel sera orange, épreuves d'artiste : plus que deux

Deux des quatre "épreuves d'artiste réalisées par Véronique Lafont du roman de Sébastien Haton Demain le ciel sera orange (publié chez AO éditions)" ont été réservées.

Il n'en reste par conséquent plus que deux. Si vous hésitiez, n'hésitez plus.
Les deux exemplaires vendus ont été choisis en fonction des peintures originales de Véronique, qui sont toutes différentes. Vous pouvez découvrir ces quatre peintures sur son blogue sous ce lien.

Les deux encore disponibles sont la 953 et la 954 (ci-dessous). Référez-vous au message précédent du Verbe au Vert pour une vue d'ensemble de l'œuvre picturo-littéraire.


 Livre 3/4 - Peinture n° 953 - v.LaFont

 
Livre 4/4 - Peinture n° 954 - v.LaFont

Suggestion du jour : contactez plusieurs de vos proches et proposez-leur de vous faire un cadeau commun, une épreuve d'artiste de Demain le ciel sera orange !

samedi 9 avril 2011

Rimotises, inédit non publié

L'événement de la semaine, c'est toujours la sortie des Rimotises !
Un excellent ouvrage très recommandable.

A la suite de l'appel de notre éditeur, je lui ai envoyé 12 textes. Il en a retenu 8 pour le recueil, en a utilisé un neuvième pour faire le "teasing" du livre et je vais à présent vous en dévoiler un des 3 derniers en exclusivité MONDIALE !
Pour ceux qui ont déjà ou auront le livre en leur possession, il s'agit du même tirage que mon histoire "l'enfant-robot tristouillard" et l'on reconnaîtra ici les enquêteurs Harriettass Boyleltong Martin et Etienne Rose, présents dans les Rimotises et dont je poursuis les aventures à grande échelle :

TIRAGE
abcès, approche, assumer, barbue, bavasseur, charretée, chèvre, effectivement, éjaculer, encliqueter, enfant-robot, engliche, finasser, hululement, ignoble, nickelé, renfoncer, sous-système, susceptible, tristouillard,


Le policier tristouillard crève l'abcès

"T'es tristouillard, mon pauvre vieux ?
- Qu'est-ce que ça peut te foutre ?
- Tristouille... et susceptible, avec ça ! C'est l'affaire de l'informaticien mutilé qui te mine ?
- Bof... Oui et non... J'en ai vu tellement. Tiens, à propos d'informaticien, ils ont rappelé pour l'implantation du sous-système de protection des données ?
- J'en sais rien."

Les yeux du massif Étienne Rose se renfoncent dans leurs orbites. Depuis leur dernière enquête, H.B. Martin a les pieds nickelés au point de refuser de quitter son bureau en faux bois d'acajou.

"Toutes ces ordures sont ignobles, tu sais ! s'exclame brusquement le vieux flic comme dans un hululement d'hibou catarrheux. On finasse, on finasse... mais les assassins que l'on arrête sont vite remplacés par plus cruels qu'eux.
- Eh bin, t'es atteint...
- J'ai bien le droit d'avoir des doutes existentiels, non ? To be or not to be, comme dit l'engliche qui a écrit tout le théâtre de son pays ! Ça veut dire je pense donc je suis... ou un truc approchant... J'ai des émotions normales, tu vois, je ne suis pas une machine. Je n'ai pas été un enfant-robot, je ne suis pas un adulte-robot, le genre qui s'encliquète un bitoniot pour ne rien éprouver de concret..."

Les paroles d'Harriettass Boyleltong Martin s'éjaculent hors de sa bouche à une vitesse qui décontenance le massif Étienne Rose.
Bien qu'effectivement leurs dernières affaires communes fussent un peu spéciales, le plus âgé des deux n'avait jamais montré autant de vulnérabilité. Le plus jeune a cependant une conscience professionnelle à faire partager :

"O.K. Je n'ai pas envie de t'embêter avec ça, vieux, mais on nous appelle sur une affaire... Un fermier qu'on a retrouvé au milieu de l'enclos d'un troupeau de chèvres, empalé sur une fourche et couché sur une charretée de foin... Tu viens avec ?
- Bof, si tu insistes..."

Malgré ses "doutes existentiels", Harriettass B. Martin remarqua que le défunt dégageait une redoutable odeur de poisson qui couvrait l'environnement caprin très odorant.
En à peine quelques minutes, il se fit expliquer par un voisin que le fermier mort avait pour pire ennemi un pêcheur artisanal ombrageux, surnommé "le bavasseur", dont la spécialité était la pêche à la barbue...

"C'est bien la vieille barbue que ça sentait, Rose, j'en étais sûr !
- Ne m'appelle pas Rose, Harriette, s'il te plaît."

Le pêcheur assuma rapidement sa culpabilité grâce à Étienne et à son approche musclée des interrogatoires. l'affaire fut bouclée si vite que le vieux Martin lui-même retrouva une certaine joie de vivre.

"J'ai crevé l'abcès" dit-il simplement au commissaire Placardat, lequel s'inquiétait de l'état de son collaborateur le plus efficace et le plus fragile.

FIN